La dure et nette réalité de la reconstruction Haïtienne en mai 2010

Trois dates dorénavant  jalonnent  l’histoire d’Haïti :1492, l’année de la découverte  de l’ile d’Haïti, 1804, l’année de la fondation de la nation haïtienne et 2010,  l’année choc de la refondation du paysage  haïtien. Le principe  « gagnant- gagnant » de la donne diplomatique  contemporaine devra guider les stratégies de cette reconstruction.

En 1492 la découverte d’Haïti s’inscrivait dans la quête des explorateurs européens  de nouvelles richesses pour l’Europe á  un moment où les Ottomans qui avaient conquis l’Asie   bloquaient la route  du marché des épices. A cette époque , Christophe Colomb , un jeune navigateur Italien plein d’idées nouvelles et avide de réussite personnelle ,après plusieurs démarches restées vaines auprès des dignitaires de l’Europe pour aller  á la découverte  de nouvelles terres , réussit et obtint de la reine de Castille  Isabelle  La Catholique les moyens économiques  pour assouvir ses ambitions  en lui promettant l’évangélisation des peuples des terres découvertes  et la  remise de  toutes les richesses qui y seraient ramassées . C’est ainsi que la découverte   du nouveau monde  et par voie de conséquence , celle d’Haïti eut lieu. De 1492 á 1803, les espagnols et les français qui colonisaient Haiti  en firent fortune  au prix du pillage des ressources naturelles, du massacre des Indiens  et de l’esclavage  des noirs.

En 1804   les gueux de l’heure sonnèrent le glas de l’esclavage  en Haïti á  la suite  d’une victoire sur les troupes françaises  victorieuses partout en Europe. Les nègres  d’Haïti allaient  payer très chère á  l’Occident »démocratique » la révolution de St Domingue de 1804 qui aboutit  à l’abolition de l’esclavage des noirs et à sa reconnaissance aujourd’hui comme  un haut fait d’arme  de portée universelle. Les libérateurs haïtiens  entamèrent la construction d’Haïti avec les tabous coloniaux dans un contexte d’isolement international qui faisait d’Haïti la peste  de l’économie mondiale puisque  á  l’époque  la géo économie reposait sur féodalisme, le travail forcé  des  noirs et même  des blancs pauvres  appelés  «  Trente six mois ou  engagés » .Les successeurs de Jean Jacques Dessalines obligés de ne compter que sur leurs propres ressources  reproduisirent le modèle économique colonial  de développement et  pratiquèrent á  leur tour un féodalisme de deuxième  niveau qui consacra l’exploitation de la classe paysanne  par les haïtiens les  mieux lotis. Ces derniers  s’installaient dans les villes côtières,  firent main basse sur les terres irriguées et les terres de montagne et donnèrent  en métayage ces dernières  á  la paysannerie qui continua de les travailler á  l’instar  des places á  vivre.

L’esprit de ce modèle  de développement a survécu jusqu’aujourd’hui  et nous a valu  l’existence de deux  pays : la république de Port-au-Prince  et le monde de l’arrière pays.Il nous a valu l’existence de deux types d’haïtiens  «  Le  neg la Vil et le  neg nan môn » .Il  a conduit au suicide collectif progressif du pays consécutif aux catastrophes humanitaires et naturels.( Humanitaire : provoqué par la mauvaise gestion de l’homme ; naturel : imprévisible et presque inévitable lié à la nature)

Parallèlement ,cette époque intermédiaire  est ponctuée de frappes  étrangères , d’isolement politique (France Etas Unis  la  grande Colombie), de la dette de l’indépendance(150 millions écus d’or  évalués  aujourd’hui a plus de  29 milliards  US $) et des occupations américaines  qui ont amené la dilapidation des ressources naturelles et des finances . La mondialisation mal implantée en Haiti ainsi que le phénomène ONG devinrent  les fer de lance  de la pauvreté  haïtienne avec pour objectif le sauvetage individuel  des haïtiens  les  plus  coquins et les plus  lâches.

C’est dans ces conditions  que sont arrivés la  récession  mondiale de  2008-2009 et le séisme  du 12 janvier 2010 qui dans  leur frappe  spectaculaire et leurs dégâts économiques  désastreux  ont dévoilé   au  monde  entier le visage exsangue d’Haïti.

Le 12 janvier  2010,  le séisme  a révélé  au monde entier  les conditions inhumaines dont la première république  noire etait victime  ainsi que la  complicité  de l’élite  politique haïtienne  dans la  débâcle du pays. Une nouvelle  période est née, celle du remords de la repentance  et du devoir de mémoire  mal fait. Le  monde entier  réuni  aux Nations  Unies  á a NY le  31 Mars 2010 parle du nouveau départ d’Haïti en reconnaissant sa part de responsabilité dans l’échec du pays  et en promettant dorénavant de faire les choses autrement  en Haïti. ( Ban ki Moom, Hilary Rodham Clinton ).10 milliards de dollars  sont promis.

Une  nouvelle  ruée  d’ »entrepreneurs philanthropes » est née . Ils  promettent de venir avec leurs ressources  financières  et humaines  au chevet d’Haïti  pour faire du pays, qui , une économie  moderne, qui un pays émergeant. Tous décident de prendre les mesures  adéquates pour éviter de répéter les mêmes erreurs du passé. Quelques unes de ces mesures concernent  la formation de l’autorité intérimaire de reconstruction  pour gérer les milliards avec  la participation de quelques  personnalités haïtiennes et la décision de l’administration d’Obama  de renforcer directement les structures de l’administration haïtienne défaillantes.

La formation  de cette autorité  ,disent certains, est inconstitutionnelle. Il faut mettre la constitution de 1987  en veilleuse pour éviter des amendements á la Préval qui seraient suicidaires pour le pays. Il   fautpar contre faire aussi  á l’équipe de Préval qui est au pouvoir et á la  communauté internationale  des concessions pour trouver une autre voie de gouvernabilité.

La réalité pure et nette  des conditions de la  reconstruction nationale commandait  aussi la  formation  d’un gouvernement d’union ou de  sauvetage nationale. Ce nouveau gouvernement se justifierait par la nécessité  de sauver les apparences de légitimité de la présidence de Mr Préval, interface  obligé des étrangers  pour surmonter le traumatisme du coup du 29 février 2004 et devrait  intégrer de  nouvelles personnalités avérées  de l’opposition   politique  pour créer le climat électoral, le climat de Paix  social et de travail  nécessaires á  la relance d’Haïti.

Il fallait avoir un couteau à deux tranchants pour couper le gâteau de la reconstruction d’Haïti :  un tranchant pour les investisseurs des pays donateurs  qui garderaient plus  de  70% des  fonds  dans la vente  de technologies et de   compétences techniques pour réaliser les  travaux d’infrastructures promis  et un tranchant qui consacrerait les 30% restants pour reconstruire l’administration  déconcentrée, l’administration décentralisée et les superstructures légales au démarrage de l’économie  haïtienne victime de l’indifférence traditionnelle  des élites.Le pays doit retrouver  en 2010 son unité historique de peuple pour  forcer  le blanc et le président Préval á  aller dans la  bonne  direction afin de  participer  en connaissance de  cause á  la   construction de la nouvelle Haïti.

Port-au-Prince 4 mai 2010

 

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