Déposséder légalement les propriétaires des terres et restructurer l’Etat pour arrêter la dégradation des bassins versants

De nos jours l’environnement  haïtien devient de plus en plus invivable avec la vulnérabilité des haïtiens  qui se renforce dans les zones á risques . A la base de cette dégradation de la vie se trouvent les Bassins versants dont les ressources  terre, eau et végétation disparaissent sous la pression  d’une exploitation  anarchique de la population   facilitée par l’effacement de l’état au niveau institutionnel , par sa substitution á 60-70%   par les ONG et par la gestion directe  des fonds de l’aide publique par la coopération  bilatérale et  multilatérale. Les population rurales  abusées tentent d’apporter une réponse à la dégradation de leur situation et de leurs conditions de vie par une stratégie de survie individuelle comme par exemple la mise en culture de terres marginales, le déboisement, des pratiques culturales traditionnelles minimisant   les risques à moyen et à  long terme. Si les causes du problème sont identifiées  á ce niveau,  c’est aussi á ce niveau  et non ailleurs qu’il convient  de rechercher les solutions. Malheureusement toutes les solutions  trouvées  depuis une trentaine d’années  ont été  le fruit de l’imagination de ceux la mêmes qui sont au cœur du problème et qui  ne voulaient pas y toucher pour ne pas toucher á leurs privilèges  marginaux  .Ils ont proposé des faux fuyants, des faux semblants et des pis aller.Nous citons en exemple, le projet  DEED  de WINNER  patronné par l’USAID  ou  la fameuse  commission  de  Michèle Pierre Louis sur l’aménagement du territoire qui a accouché d’une souris.On peut encore citer le projet ATPPF de la banque  mondiale, les projets de la BID comme le PMDN, le POGEBA, les projets de la FAOetc….

Les techniciens de l’administration publique  haïtienne   ayant participé  á ces exercices, malgré leurs compétences ont plutôt pratiqué la politique du laisser faire pour ne pas s’exposer aux représailles des étrangers :  Transfert ,révocation, mise à l’index, pertes de privilèges, repositionnement dans les ONG après évincement de l’administration publique.

 

Liste des bassins versants du pays

Bassins V  /Sous bassins Km2 Bassins V  /Sous bassins Km2
1. Bombardopolis/Gonaïves (3)

2. Môle St Nicolas/Moustique (4)

3. Trois Rivières

4. Port de Paix/Port Margot

5. Limbé

6. Cap Haitien

7. Grande Rivière du Nord

8. Limonade/Ouanaminthe (3)

9. La Quinte

10. Estère

11. Artibonite (10)

12. Saint Marc/Cabaret (3)

13. Cul-de-Sac

14. Fonds Verrettes

15. Léogane/Carrefour (2)

1130

795

898

547

313

325

680

1065

700

800

6336

1118

1598

189

598

16. Cayes-Jacmel/Anse à Pitres (3)

17. Grande Rivière de Jacmel

18. Côte de Fer/Baînet (2)

19. St Louis du Sud/Aquin

20. Cavaillon

21. Cayes

22. Tiburon/St Jean

23. Jérémie/Les Irois

24. Grande Anse

25. Roseaux/Voldrogue

26. Corail/Anse à Veau

27. Grande Rivière de Nippes

28. Pte. Riv. de Nippes/Grd. Goâve (3)

29. Ile de la Tortue

30. Ile de la Gonâve

1201

561

1064

714

400

661

657

368

554

524

849

465

691

179

691

SOURCE: OAS (1972); PNUD (1998); UTSIG (2001

Environ 85% des bassins versants du pays sont dégradés ou transformés de manière très rapide, causant de fréquentes inondations, un épuisement ou disparition des facteurs de base de la production agricole. Les sols, comme les ressources ligneuses se dégradent rapidement. Le potentiel foncier exploitable est de 7 700 km² (29%), la superficie effectivement cultivée est cependant de l’ordre de 11 900 km² (44%) dont 420 000 hectares de terres marginales  mises en culture. Les principaux facteurs à l’origine de cette dégradation sont la mauvaise gestion de l’espace, la fragilité du milieu physique(fortes pentes, nature des matériaux), la forte pression démographique, la faible productivité de l’agriculture, la violence des phénomènes climatiques , les pratiques culturales érosives, la coupe intensive de bois pour les besoins énergétiques et pour la construction.

Source  : Composante  aménagement basins versants MARNDR  2010

Partenaires Techniques et Financiers intervenant dans les bassins versants

Regroupés au sein d’un Groupe Sectoriel Bassins Versants animé par l’USAID, ce groupe comprend :  les Etats-Unis, le Canada, la France, la BID, l’UE, la Banque Mondiale, le PNUD, le PNUE et la FAO. C’est ce groupe qui dicte la politique  pour les bassins versants.

 

Cout d’une politique de bassins versants

 

Activités Coûts (USD)
Court terme

– Planification de l’aménagement des versants

– Système de production de matériel de reboisement et vergers

semenciers.

– Correction de ravines

– Pistes rurales dans les versants

– Reprofilage des lits de rivières

 

10 000 000

10 000 000

20 000 000

10 000 000

60 000 000

Moyen – Long Terme

– Reboisement (agroforesterie, foresterie, forêts énergétiques

– Agriculture durable (système agro-sylvo-pastoral)

– Lacs collinaires

– Aménagement/protection de sources d’eau

– Collecte et stockage d’eau (citernes individuelles et collectives)

– Formation

 

Total             $ US 251 000 000

 

50 000 000

20 000 000

30 000 000

20 000 000

20 000 000

1 000 000

 

 
 

 

Comme rapporté   ci-dessus, le plan de protection des  bassins  versants  inscrit dans le plan d’investissement agricole  2010-2016 programme ces résultats sur la  base   de pratiques agricoles conversationnistes selon le plan de gestion de l’internationale  responsable de l’échec  de toutes les activités  de protection des bassins versants au cours des 40 dernières années. Les mêmes causes produisant les mêmes effets , si l’état  haïtien ne se restructure pas et si ces projets  n’incluent pas une composante de prise en charge de l’administration dds collectivités territoriales  on aura  assisté  tout simplement á l’érosion de  nouveaux fonds et á un gaspillage  du facteur temps  irrécupérable  lorsqu’il  est perdu.

Par restructuration il faut entendre un passage en force de l’état de droit dans les sections communales qui veut qu’un exploitant détienne un titre ou un droit de propriété quelconque  sur un terrain  à la condition  qu’il cultive  ce terrain suivant les normes  édictées par l’administration décentralisée et selon les  techniques agricoles de l’administration  déconcentrée du pays. Le propriétaire ou le fermier qui aura pratiqué le déni de ces recommandations se verra  supprimer son droit de propriétaire  ou de fermier Ce sera une dépossession du titre de propriétéau profit de ceux là qui peuvent en assurer la gestion.

Un passage en force  en Haïti pour la gestion des bassins versants requiert la mise en place  de certaines  dispositions légales et d’accompagnement financier des producteurs qui tienne compte  des problèmes  des exploitants  par l’administration publique  haitienne., en sorte que  toutes les  contraintes sont levées pour permettre le passage en force de ces dispositions. Un accord politique semblerait  être le  moyen idéal pour faire accepter  par tous  le  principe du passage en force.

A l’instar du phénomène des bassins versants en Haïti , une dérive  dans la réglementation des banques   a  eu lieu  aux Etats-Unis et en Europe  et a provoqué une  époque de récession  qui a mis en danger l’économie mondiale.  L’usage abusif de la finance  a eu des conséquences désastreuses   sur le cout de la vie de la majorité des américains et européens : incapacité de répondre aux besoins éducatifs de leurs enfants, cout surélevé  du financement de leurs maisons, baisse du marché immobilier, pertes de logements, pertes d’emplois massifs. Des voix importantes se sont élevées : « Le capitalisme doit se refondre sur des bases éthiques »  martèle  Sarkozy. Madame Merkel en Allemagne dénonce et invective  les spéculateurs. Zapatero ,en Espagne,  s’en prend  aux “fondamentalistes du marché” qui attendent  que la crise se régule toute seule sans intervention de l’État. Obama   aux Etats  Unis, avec le plan Paulson de 700 milliards de  dollars injectés  dans le rachat des créances toxiques  des banques crées  sous le  gouvernement  de  Georges Walker  Bush a  sauvé  les finances américaines  dévalisées par les requins de Wall Street. L’intervention de l’état a pu relancer la production  et sauver momentanément l’économie américaine  de la pire récession  qu’elle ait jamais connue  dans son histoire .Il a fait modifier les règles du jeu en permettant aux banques de publier de faux états financiers, pour ne pas perdre la confiance des actionnaires ,la raison d’Etat   oblige. Obama ,reconnaissant que  ses bail out  ne sont que des palliatifs à une crise  structurelle  de l’économie du marché est allé  plus loin en terme d’intervention étatique  dans les finances. » Devant l’incapacité des financiers à s’autoréguler, le législateur américain a développé une réglementation d’environ 2000 pages qui vise l’ensemble des aspects de la finance »wikipedia.  Ces interventions  en cascade de l’état américain dans l’économie  américaine  réputée affaire  privée du marché   a décroché chez Mr Hugo Chavez la boutade ironique qui  fait appeler  le  Président Obama de  Camarade. « Le camarade Obama  est en train de prendre certaines mesures propres au camarade Lénine. Les États-Unis deviendront un jour socialistes, parce que les peuples ne se suicident pas ».Chavez rapporté par Wilkipedia.

Il n’est pas dans  l’intention  de cet article de  discuter du bienfondé ou pas  de ces mesures  interventionnistes  des maitres du monde dans l’économie  de leur pays pour juguler une crise difficilement jugulable .Le rappel de ces faits politico-économiques  est pour signifier au premier mandataire d’Haïti garant  de la  protection des institutions  qui elles-mêmes sont garantes de la stabilité du pays  qu’il devra faire montre d’autorité  plus  énergique  et du leadership approprié dans la gestion des bassins versants .Cet article est pour dénoncer le traitement suicidaire appliqué á ces derniers par la gestion internationale du pays occupé et pour inviter les pouvoir exécutif et législatif à prendre  des  mesures  légales, radicales  qui tranchent d’avec le passé  et  qui fixent les responsabilités  des uns et des autres dans la gestion du patrimoine  terre. Depuis longtemps et plus qu’aujourd’hui c’est l’internationale  qui détermine les règles du jeu d’après une programmation de contrats de services d’experts qui ne répond á aucun besoin dans les bassins versants.

Le Premier Ministre Michèle Pierre Louis avait créé une commission interministérielle de l’aménagement du territoire et de la gestion des bassins versants qu’elle préside elle-même.

Le Moniteur du 26 janvier 2006 a publié un Décret portant sur la Gestion de l’Environnement et de régulation de la Conduite des Citoyens et Citoyennes pour un Développement Durable. Ce décret, signé le 12 octobre 2005, parle du Système National de Gestion de l’Environnement (SNGE), qui est constitué d’un réseau d’organes de gestion de l’environnement (Article 14), dont le premier cité (Article 15) est un Conseil Interministériel sur l’Aménagement du Territoire et l’Environnement (CIMATE) composé :

∙          du Premier Ministre, qui en est le Coordonnateur ;

∙          du Ministre charge de l’Environnement et du Ministre chargé de l’Aménagement du Territoire qui en sont les Secrétaires Exécutifs, chacun en ce qui le concerne ;

∙          des Ministres compétents selon les dossiers à l’ordre du jour (Article 16).

L’analyse de ces mesures  montre qu’elles sont  un pis aller immaginaire décidé au plus haut sommet de l’Etat pour satisfaire les appétits insatiables  des occupants du pouvoir  et non pour approcher les vrais problèmes. Pourtant il a été  officieusement mis en veilleuse  comme  les lois sur la décentralisation et sur  les collectivités territoriales.

Dans le système international de gestion républicaine  d’un pays  l’État intervient  pour réguler l’économie afin de la «  mettre » au « service des NANTIS » Par service des NANTIS il faut entendre , l’intervention spécifique de l’État sur le terrain économique  et légal pour préserver les intérêts généraux de la classe dominante et de son appareil de reproduction.Il arrive qu’aujourd’hui l’avenir de la  classe dominante est viscéralement liée á la protection des bassins versants ou vivent la  totalité des paysans. L’érosion des bassins versants  pousse  les paysans devenus vulnérables á fuir la montagne  pour rechercher les villes côtières  et la  proximité des villas ou habitent  la coopération internationale, les propriétaires d’ONG, la bourgeoisie  haïtienne  et les politicards  passés  et présents qui négocient la politique générale  d’Haïti.  Autrement dit  après l’abandon des paysans  des zones vulnérables  et après leur occupation des régions adjacentes  aux villas  des riches, la vie de ces derniers sera faite de crainte et de peur. Par instinct de sécurité, ces derniers migreront á leur tour á l’étranger. Comme la nature a horreur du vide , les leaders de la vulnérabilité  ne tarderont pas à occuper les villas et  voila la pègre devenue la classe dominante et politique du pays, grâce à la gestion malveillante  des Nations Unies  de l’OEA , du CANADA de la France et des Etats-Unis, de tout ce réseau de ressortissants  étrangers et haïtiens qui forment la couche  parasitaire des requins financiers et spéculateurs qui  minent l’histoire  héroïque d’Haïti et  verrouillent les voies de  libération du peuple haïtien. Pris dans les filets  de leurs propres pièges  ils poussent l’ignominie politique à son paroxysme et mijotent des solutions qui ne font qu’accélérer leur fuite du pays.

Il faut une intervention républicaine urgente de l’état haïtien dans la gestion des bassins  versants. Qu’elle coute le coût qu’elle doit coûter en ressources humaines et financières, l’état doit intervenir  dans la gestion des bassins versants et elle ne peut pas le faire sans un projet de décentralisation budgétaire  dans lequel la priorité est accordée aux collectivités territoriales  intelligemment appuyées par les experts de l’administration déconcentrée des ministères de l’Intérieur, de la Planification, de la Justice ,de l’Environnement et de l’Agriculture. Ceci sous entend aussi une lutte sans merci contre la corruption politique au plus haut sommet de  l’état pour empêcher que par des voies indirectes  l’argent retourne à Port-au-Prince ou ne soit investi dans des activités qui annulent la proximité recherchée de l’administration  locale.

[email protected]

8 janvier 2011

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