Apprendre à connaitre René Préval à travers l’histoire

Voici deux textes de Marie Frantz  Joachin et de Jean Eric René relus pour vous

“En 1996, alors que Préval préconise la restauration de l’autorité de l’État, sa désinvolture, son « pourianisme » et sa gestion des relations avec d’autres secteurs politiques contribuent largement à la destruction des institutions, la généralisation de la corruption et les difficultés qui en découlent. Loin de se préoccuper de consolider la démocratie, il décide de dissoudre le Parlement, ce qui, paradoxalement, réduit ses marges d’actions, et par là même, entraîne une nette détérioration du niveau de vie quotidienne de la population. Une détérioration de la qualité de vie des Haïtiens et Haïtiennes qui va grandissant avec la mise en application du plan d’ajustement structurel.””Marie Frantz Joachim

Mission secrète de Préval
Par Jean Erich René

Pour comprendre le film des événements qui se déroulent actuellement sur
la scène politique haïtienne, il faut une lecture attentive du générique.
Sans quoi le fil du scénario risque de vous échapper faute de ne pouvoir
lier les séquences les unes aux autres. Dans un interview accordé à Miami
Herald avec sa naïveté coutumière le Président René Préval vient de vider
le contenu de son estomac. René Préval en affirmant à la journaliste
Jacqueline Charles sa volonté de privatiser la TELECO vient de prouver les
motifs qui ont porté un Groupe de Banquiers haïtiens à le cueillir dans les
hauteurs de Marmelade pour faire de toute pièce de lui le 55ème Président
d’Haïti. René Préval est de retour pour parachever l’oeuvre qu’il avait si
bien commencée au cours de son premier mandat. Le dossier de la
privatisation a été lancé depuis 1985. Rappelons qu’aucun Gouvernement
haïtien , Jean Claude Duvalier, Henri Namphy, Lesly François Manigat,
Prosper Avril, pas même Jean Bertrand Aristide, aucun,aucun, aucun Homme
d’Etat conscient et responsable ne voulait répondre aux voeux du FMI et de
la Banque Mondiale de privatiser certaines entreprises publiques. Tout a
commencé par un document confidentiel de la Banque Mondiale daté du 11
avril 1996 recommandant une cure de minceur de l’Etat haïtien selon le
régime de la privatisation des entreprises publiques,condition sine qua non
de la reprise de l’aide internationale bloquée depuis 1995. La balle a été
encaissée à bout portant par René Préval qui, immédiatement après avoir été
reçu par Bill Clinton, a lancé les débats selon les voeux des Institutions
de Bretton Woods.

Preval accompagné du directeur de la police, Mario Andrésol

Le 2 Octobre 1996, An 193è de l’Indépendance, le Gouvernement de René
Préval, première version, a créé le Conseil de Modernisation des
Entreprises Publiques (CMEP). Dans un premier temps les entreprises visées
sont: la Minoterie d’Haïti, Le Ciment d’Haïti, les Télécommunications
d’Haïti (Téléco); l’Electricité d’Haïti (Ed’H), la Banque Populaire d’Haïti
(BPH), la Banque Nationale de Crédit (BNC); l’Autorité Portuaire Nationale
(APN), l’Autorité Aéroportuaire Nationale (AAN) et les agro-industries
telles que les Sucreries de Welch et de Darbonne, l’huilerie ENAOL, la
Beurrerie du Sud et la Filature des Gonaïves).Au total il y a 55
entreprises publiques qui figurent sur la liste de la privatisation. René
Préval ne retourne pas au pouvoir pour abolir mais pour accomplir une
mission secrète. Il dispose déjà de toutes les provisions légales pour
mettre à exécution son projet. En effet dans son Numéro 75-A 151ème Année
le Moniteur,Journal Officiel de la République d’Haïti a publié le 10
octobre 1996 la loi portant sur la Modernisation des Entreprises Publiques
votée par le Corps Législatif.Le Premier Ministre demeure le Personnage clé
du Conseil de Modernisation des Entreprises Publiques. Ainsi se justifie le
choix de Jacques Edouard par les hommes d’affaires intéressés comme
maitre-d’oeuvre , sous le couvert d’une hypothétique modernisation. Les
études d’évaluation ont déjà arrêté le choix optionnel pour les entreprises
suivantes :
– La Téléco, Le Ciment d’Haïti et La Minoterie d’Haïti seront capitalisés
c’est à dire rentabilisés suivant les principes de management propres à
l’économie capitaliste et appliqués dans le secteur privé
– L’Autorité Aéroportuaire Nationale (AAN),l’Autorité Portuaire Nationale
(APN) et l’Electricité d’Haïti (Ed’H) seront remis à des concessionnaires
liés par un contrat de gestion avec l’Etat.
– Les Banques commerciales, Banque Populaire Haïtienne (BPH) et la Banque
Nationale de Crédit sont aussi dans le collimateur des Grands Gosiers.Sous
peu le Gouvernement de Préval/Alexis va prendre la décision finale pour
livrer la BNC à un Groupe de Banquiers faucons du Secteur Privé
Soulignons toutefois que pour la Minoterie D’Haïti et le Ciment d’Haïti
les transactions ont déjà eu lieu. Les adjudications ont été favorables aux
acteurs qui se sont défoncés pour activer in extremis, lors des élections
présidentielles bidons de février 2006, le retour de René Préval au Palais
national et la reconduction de Jacques Edouard Alexis à la Villa
d’Accueil.Cet enchainement insidieux va donner lieu à des manipulations
financières défavorables aux caisses publiques contrairement aux objectifs
du Conseil de Modernisation des Entreprises Publiques (CMEP). Nous allons
assister de préférence à la naissance d’une kyrielle de Baby Teleco.com
sous forme de nouveaux services et de nouveaux produits visant la
maximisation des gains de l’oligarchie haïtienne avec des incidences
certaines sur l’augmentation du coût des abonnés. Les petites bourses
n’auront certes pas accès à certains services à cause de la valuer ajoutée.
Il n’est pas prudent d’accorder aux dirigeants politiques le droit exclusif
d’arbitrer la privatisation des biens publics, à cause des impacts
économiques énormes qui en résulteront pour le reste du Corps Social. Les
cadres politiques ont des intérêts puissants à protéger et usent des
prérogatives attachées à leurs fonctions pour signer des contrats
trompe-l’oeil avec leurs commanditaires.

Toute la logique de la privatisation repose sur le déficit d’une entreprise
publique. Tel n’est pas du tout le cas pour la TELECO fondée en 1968 par
François Duvalier et modernisée par son Fils Jean Claude Duvalier. La
TELECO dispose d’un réseau de 55.000 lignes et d’une vingtaine de centrales
pour un personnel de 2800 employés. Près de 250.000 lignes sont en attente.
Donc la TELECO a un potentiel d’exploitation qui fait baver les hommes
d’affaires tant haïtiens qu’étrangers. Ce ne sont pas les cadres techniques
qui y font défaut. Il suffit d’une simple amélioration technologique
permettant de répondre à la demande et finaliser les appels
internationaux. financiers pour que la TELECO dégage des revenus annuels de
l’ordre de 221 millions. Doit-on se laisser prendre dans les filets de la
théorie néo-libérale et procéder à la capitalisation de la TELECO. Elle
représente l’entreprise publique haïtienne la plus lucrative et la
principale source de devises internationales du Pays. Pourquoi va-t-on
privatiser la TELECO? Certainement pas au bénéfice des petites bourses. Au
retour d’Aristide on a assisté au boycottage des lignes publiques suite à
l’inauguration d’une compagnie privée de téléphone cellulaire , propriété
personnelle de l’épouse du Président des USA qui avait préalablement
recommandé la privatisation des entreprises publiques. A qui profite la
privatisation? C’est une logique économique favorable aux étrangers.
A cette situation dramatique s’ajoute un autre ingrédient: la médiocrité
du Parlement. Nos Sénateurs et nos Députés ne font preuve d’aucune
éthique. Autrefois dans l’imaginaire haïtien on se représentait un
Parlementaire comme un homme droit, honnête, intègre et fier de sa cocarde.
Aujourd’hui ils sont trempés dans toutes sortes d’activités peu
reluisantes. Ce n’est pas tellement le comportement du Parlementaire, pris
isolément, ni les méfaits d’un groupe d’hommes maffieux et cupides qui nous
chiffonnent, mais la décadence de l’Institution législative appelée à
exercer un contrôle sur les activités de l’Exécutif. L’Assemblée Nationale
selon les voeux de la Constitution de 1987 peut juger le Président de la
République, le Premier Ministre et ses Ministres pour malversations et
crimes de haute trahison. La vente d’une entreprise aussi lucrative que la
TELECO à des firmes privées proches du Gouvernement va avoir un impact sur
la fonction globale de l’économie nationale. Il est périlleux de laisser
une décision aussi cruciale à la discrétion des membres de l’exécutif.Elle
devrait être entérinée par les Pères conscrits de la Nation après une
analyse scrupuleuse du dossier. Mais qui est au Parlement Haitien pour
inspirer une telle marge de confiance sans les connaissances aussi pointues
pour éplucher un tel dossier afin de l’accepter ou le rejeter, le cas
échéant . Nos Parlementaires ne jouissent d’aucune indépendance de pensée
et ne font pas montre d’un zeste de nationalisme. Au lieu de siéger dans
les intérêts de leurs mendants, ils profitent de l’assymétrie des
informations afin de tirer des dividendes dans leurs rapports avec
l’Exécutif

Rene Preval gestures during an interview at a private home in Port-au-Prince , Haiti , Tuesday, January 17, 2006. “My five-year government was a total failure.” (AP Photo/Brennan Linsley)

 

Il devient ausi plus lucratif pour les Partis Politiques dits d’opposition
d’abonder dans le sens des décisions gouvernementales par leur mutisme et
leur absentéisme, exception faite du RNDP de Leslie Manigat. La conversion
du Ciment d’Haïti et de la Minoterie d’Haiti en entreprises privées n’a pas
accéléré le développement économique et social d’Haiti comme prévu par les
architectes du Programme de Modernisation des Entreprises Publiques . Au
contraire c’est la chute de notre PNB due à l’arrêt complet des moulins de
la Minoterie et à la cessation de l’exploitation de l’usine de Fond
Mombin.Au lieu de produire du ciment et de la farine on les importe. Il
résulte de ces manoeuvres purement spéculatives une baisse de la production
nationale, une augmentation du chômage et un déséquilibre profond de la
balance commerciale avec des incidences malheureuses sur les marchés de
l’emploi et de la monnaie. Pour comble de malheurs ces entreprises truquent
leurs revenus imposables et le fisc haitien n’en tire aucune recette. Leurs
profits transférés à l’étranger ne rejaillisent pas, faute de leur
réinvestissement, sur l’économie nationale saignée à blanc. Une complicité
aussi flagrante entraine des conséquences systémiques très étendues et
dégénératives de l’économie nationale.
 

Share

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*